Le Paris de Desnos

 

Robert Desnos a toujours habité Paris. En fait, il était amoureux de la capitale française, sa ville natale. Nous la retrouvons régulièrement dans ses écrits.

Que ce soit le Paris de la rive droite avec le quartier des Halles où il vécut son enfance ou le Montmartre des années 1920 avec Breton et les autres surréalistes ou encore le Paris de la rive gauche avec le Montparnasse des années folles et le St-Germain des Prés des années 1930 et du début des années 1940, Desnos ne cessera de arpenter les rues de Paris.

Desnos a grandi dans le quartier des Halles (son père y était mandataire) et du Marais. Il en fera souvent mention dans ses poèmes.

Quartier Saint-Merri (extrait)

Au coin de la rue de la Verrerie
Et de la rue Saint-Martin
Il y a un marchand de mélasse.

Un jour d'avril, sur le trottoir
Un cardeur de matelas
Glissa, tomba, éventra l'oreiller qu'il portait.

Cela fit voler des plumes
Plus haut que le clocher de Saint-Merri.
Quelques-unes se collèrent aux barils de mélasse (...)

La rue du Cloître St-Merri aujourd'hui

 

Couplet des Portes Saint-Martin et Saint-Denis (paru dans Destinée arbitraire)

Porte Saint-Martin, Porte Saint-Denis,
Voir briller la lune à travers la voûte,
Porte Saint-Martin, Porte Saint-Denis,
Du nord ou au sud s'allonge la route,
Porte Saint-Denis, Porte Saint-Martin,
Au nord ou au sud suivre son chemin,
Porte Saint-Denis, Porte Saint-Martin,
Passer sous la voûte au petit matin,
Porte Saint-Martin, Porte Saint-Denis,
Boire un café noir avec des amis,
Porte Saint-Martin, Porte Saint-Denis,
Quand le ciel blanchit au petit matin,
Porte Saint-Denis, Porte Saint-Martin,
Dans l'aube noyer les anciens chagrins,
Partir en chantant vers un but lointain,
Avec nos copains, avec nos amis,
Porte Saint-Denis, Porte Saint-Martin
Par un beau soleil, par un beau matin.

 

Pendant les années folles, Desnos sera un habitué du quartier Montparnasse et de ses cafés (aussi fréquentés par le peintre japonais Foujita et son épouse Youki qui deviendra bientôt la compagne de Robert), que ce soit le Dôme, la Coupole, la Rotonde ou encore le Jockey. Il fera même partie d'une bande qui ouvrira un café nommé Le Maldoror en l'honneur de Lautréamont. L'ouverture de ce bar choquera profondément Breton et certains autres surréalistes qui considéraient que c'était une honte de nommer un endroit de ce genre en l'honneur d'une de leur idole. Ce café n'existe plus aujourd'hui.

Le Dôme aujourd'hui
Le Dôme, la nuit
La Coupole aujourd'hui La Rotonde aujourd'hui (photo Joël Bonnin)

On connaît l'engagement de Desnos pendant la 2e Guerre mondiale. Parmi les poèmes qu'il écrira afin de soutenir la révolte contre le nazisme, Paris sera souvent mentionnée. Comme par exemple, dans son poème intitulé Le veilleur du Pont-au-Change dont voici un extrait:

Je suis le veilleur de la rue de Flandre,
Je veille tandis que dort Paris.
Vers le nord un incendie lointain rougeois dans la nuit.
J'entends passer des avions au-dessus de la ville.

Je suis le veilleur du Point du Jour.
La Seine se love dans l'ombre, derrière le viaduc d'Auteuil,
Sous vingt-trois ponts à travers Paris.
Vers l'ouest j'entends des explosions.

(...)

Je suis le veilleur du Pont-au-Change
Ne veillant pas seulement cette nuit sur Paris,
Cette nuit de tempête sur Paris seulement dans sa fièvre et sa fatigue,
Mais sur le monde entier qui nous environne et nous presse.
Dans l'air froid tous les fracas de la guerre
Cheminent jusqu'à ce lieu où, depuis si longtemps, vivent les hommes.

(...)

Écoutez-nous à votre tour, marins, pilotes, soldats,
Nous vous donnons le bonjour,
Nous ne vous parlons pas de nos souffrances mais de notre espoir,
Au seuil du prochain matin nous vous donnons le bonjour,
A vous qui êtes proches et, aussi, à vous
Qui recevrez notre voeu du matin
Au moment où le crépuscule en bottes de pailles entrera dans vos maisons.
Et bonjour quand même et bonjour pour demain!
Bonjour de bon coeur et de tout notre sang!
Bonjour, bonjour, le soleil va se lever sur Paris,
Même si les nuages le cachent il sera là,
Bonjour, bonjour, de tout coeur bonjour!

(paru dans Destinée arbitraire)

Pendant les années 1930 mais aussi avant son arrestation par la Gestapo, Desnos aimait bien rencontrer les copains dans les cafés de St-Germain-des-Prés, quartier qu'il avait adopté puisqu'il y habitait avec Youki, rue Mazarine. À cette époque, le Flore et le Deux Magots étaient au début de leur popularité qui grandira avec la venue des existentialistes, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre.

Le Flore aujourd'hui (photo Joël Bonnin) Les Deux Magots aujourd'hui (photo Joël Bonnin)

 


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